CHOISIR SON CAMP

 « Le plus difficile n’est pas de faire son devoir, c’est de savoir où il se place. » 

(Jean de La Varende). 

 Récemment, j’ai écrit un article sur l’Ukraine et un autre sur la sulfureuse « Brigade Azov ». 

Cela a suffi pour qu’une lectrice m’agonise et m’accuse d’avoir « choisi mon camp comme (mon) ami Zemmour », et d’être carrément « Poutinolâtre ». Ceci ne fait que mettre de l’eau à mon moulin car cette réaction idiote démontre deux choses aussi préoccupantes l’une que l’autre. 

Primo : la liberté d’expression est morte, et bien morte, dans notre foutu pays (ou notre pays foutu ?). Hors de la doxa officielle, point de salut ! Poutine, c’est le mal absolu, point barre ! 

Secundo : le niveau intellectuel français baisse à vue d’oeil – ce mal remonte à mai 68, voire avant – car il faut avoir le QI d’un bulot ou d’une huître pour trouver, dans mes deux articles, la moindre apologie de Vladimir Poutine. Non je ne suis pas « Poutinolâtre » mais j’ai souvent écrit que, contrairement à ce qu’on nous sérine, ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, mais la paix qui a fait l’Europe. Et j’étais effectivement pro-Poutine quand j’émettais le souhait qu’on cesse d’humilier et de sanctionner la Russie que je considérais comme un allié naturel de l’Europe. 

Et puis, et puis, et puis…je ne supporte plus ces donneurs de leçons qui sont totalement incapables de faire la part des choses, de prendre du recul, de se pencher sur l’histoire des peuples et de comprendre que ce qui importe dans la vie c’est d’avoir un avis personnel, d’être en accord avec ses convictions et d’être capable, si besoin, de les défendre (fût-ce parfois au péril de sa vie !)(1). 

La période de 1939 à 1945, par exemple, nous en dit long sur le comportement des Français durant « les heures les plus sombres de notre histoire ». Amouroux, dans sa série de 10 livres sous l’intitulé global de « La Grande Histoire des Français sous l’Occupation », raconte la vie de 40 millions de pétainistes dont la majorité deviendra… gaulliste après le 6 juin 1944 (2). 

De cette époque – que je n’ai pas connue (mais beaucoup étudiée) – j’ai gardé une certaine admiration et un profond respect pour ceux qui ont su choisir leur camp, en leur âme et conscience, le plus souvent avec courage, par patriotisme et/ou amour pour leur pays. 

Pendant la « drôle de guerre », alors que, selon les journaux, le bidasse français gouttait au « confort de la Ligne Maginot » ou qu’il tapait le carton pour tuer son ennui dans quelque caserne, d’autres choisissaient les Corps-francs, composés d’hommes intrépides prêts à en découdre. 

Certains feront parler d’eux plus tard: Marcel Bigeard, qui n’était pas encore officier, le sous-lieutenant de Castries, futur patron de la garnison de Diên-Biên-Phu et un certain Joseph Darnand. 

Héros de la Grande Guerre, ancien « Croix de feu », il aura les honneurs de la presse et fera la couverture des magazines comme « premier soldat de France » pour être allé rechercher le corps de son capitaine dans les lignes ennemies. Il avait commencé la Grande Guerre comme 2ème classe, il finira la seconde comme capitaine, l’un des plus décorés de l’Armée française. 

Fin 1942, cet admirateur du Maréchal Pétain, anticommuniste viscéral, se voit refuser son entrée dans la Résistance. Il bascule totalement dans la collaboration en créant la Milice en janvier 1943. Condamné à mort le 3 octobre 1945, il est fusillé le 10. Juste avant d’être exécuté, il écrivait à De Gaulle, non pour solliciter sa grâce, mais « de soldat à soldat…pour payer seul les actions de la Milice et pour demander la clémence pour ceux qui n’ont fait que lui obéir… ». Si les chefs de la Résistance n’avaient pas craint que ce fougueux meneur d’hommes ne vienne leur faire de l’ombre, nous aurions sans doute des places et des avenues qui porteraient le nom de Joseph Darnand. 

Il y a quelques années, j’ai reçu une volée de bois vert pour avoir écrit : « Entre 1939 et 1945, la France a eu des héros : durant la campagne de France, qui nous a coûté 100 000 hommes, à ElAlamein, à Monte-Cassino, dans les maquis, lors des deux débarquements en Normandie puis en Provence… Des héros, il y en eut beaucoup aussi dans la LVF (3) ou dans la Division Charlemagne, mais ceux-là, on ne veut pas en parler : ils avaient choisi de lutter contre le bolchevisme. On préfère glorifier les FTP (4) communistes dont beaucoup maniaient mieux la tondeuse que la sulfateuse… » 

Dans un pays qui méconnaît son histoire, on ne peut citer la LVF que pour en dire du mal, et ses soldats sont considérés comme des traîtres, au même titre que les Harkis pour les Algériens. 

Personne ne s’indigne d’un épisode assez peu glorieux de la vie de Leclerc ; épisode oublié par ses thuriféraires. Cette histoire a été racontée par Christian de La Mazière, auteur du « rêveur casqué », dans son livre-testament « Le rêveur blessé » (5): 

« En 1945, tout à la fin de la guerre, un petit lot de prisonniers était échu en partage à un échelon de la 2ème DB. Ces prisonniers de guerre étaient des Français. Certes ils étaient revêtus d’un uniforme allemand …mais ils ne s’étaient pas battus contre l’armée française, leur engagement étant exclusivement contre l’Est, l’URSS, les rouges. Tirer sur des soldats français, l’idée ne serait venue à aucun. C’était tout simplement inconcevable, absurde. …Ces jeunes gens étaient tous de bonne foi et courageux, comme le reconnut De Gaulle dans ses mémoires, mais ils étaient embarrassants ces rescapés de la « Charlemagne ». On les fusilla sans jugement, sans conseil de guerre, sans rien, comme on détruit des animaux nuisibles … ». En fait, Leclerc a apostrophé le jeune lieutenant qui commandait les survivants de cette unité: « Vous n’avez pas honte de vous battre sous l’uniforme allemand ? ». Et l’officier lui aurait répondu: « Vous vous battez bien sous l’uniforme américain … ». 

En 1981, un numéro de « Paris-Match » a relaté les faits, sans que cela soulève la moindre polémique: on ne touche pas à une icône du gaullisme historique ! 

L’article montre une photo de Leclerc, son inséparable canne à la main, qui fait face à un petit groupe de Waffen SS français prisonniers. La légende dit : « …Avec chagrin mais sans pitié, Leclerc va les faire fusiller: ces 12 rescapés de la « Charlemagne » ont été capturés le 8 mai 1945 par la 2ème DB. Le général Leclerc les accuse d’avoir revêtu l’uniforme allemand. Il s’entend répliquer que lui-même sert sous l’uniforme américain. Une insolence et un défi qui leur vaudra d’être fusillés… ». 

C’était un crime de guerre, le 8 mai 1945, jour de la reddition de l’Allemagne. 

Il faudra attendre… 1949 pour que – à la demande de la famille d’un des fusillés – leurs corps soient exhumés et placés dans une tombe commune au cimetière de Bad Reichenhall. 

Au risque de me faire agonir une nouvelle fois, j’ai du respect pour ces soldats, surtout quand je pense à celui qui gagna au feu une Légion d’Honneur et une Croix de Guerre avec palmes comme sous-lieutenant, frais émoulu de Saint-Cyr, pendant la campagne de France, puis une Croix-de-Fer comme lieutenant dans la « Charlemagne » sur le front russe, puis …une seconde Légion d’Honneur, en Indochine, comme sergent-chef sous son nom d’emprunt à la Légion Etrangère. 

Quand l’armée lui proposa, fin 1953, de retrouver son vrai nom et ses galons de lieutenant dans la « régulière », il choisit de rester dans la Légion. Il est mort à Diên-Biên-Phu, le 5 mai 1954, héros oublié d’une garnison abandonnée par la France qui voulait en terminer rapidement avec l’Indochine et hâter la signature des Accords de Genève. 

La gauche et plusieurs associations « droits-de-l’hommistes » poussent à la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple » de la Grande Guerre. Il me semblerait ô combien plus juste de réhabiliter la mémoire de ceux qui sont tombés pour la France sur le front russe. 

Depuis toujours, l’histoire est écrite par les vainqueurs : ces derniers sont donc forcément dans le camp du bien mais pour l’historien (amateur) que je suis, les choses ne sont pas binaires, les guerres ne sont jamais simples et il y a autant de héros (et de salauds ?) de part et d’autre. 

Le tout est de bien choisir son camp car l’erreur ne pardonne pas : on entre dans l’histoire par la grande porte, très rarement par la cave ou l’escalier de service. 

Pour illustrer mon propos, et pour conclure, je voudrais vous citer un texte dont les Français n’ont retenu qu’une phrase tronquée : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne… » 

Disons tout d’abord, afin de m’éviter un procès en sorcellerie, que je n’ai aucune sympathie et aucune accointance idéologique et/ou politique avec Pierre Laval, cet homme d’Etat que la presse de droite, l’« Action Française » et les ligues patriotiques traitaient de « maquignon levantin ». 

Avant guerre, cet avocat socialiste, brillant, pacifiste forcené, a été maire d’Aubervilliers, député, sénateur, ministre et président du Conseil. Un beau parcours au sein de la III° République. 

Auvergnat et militant de gauche, il aimait l’argent. Avocat prospère, il se montre homme d’affaires avisé et fait fortune en tant que patron de presse et de radio. En 1931, il achète le château de son village natal de Châteldon, le voilà châtelain, sa réussite est alors totale ! 

Durant la guerre, Pierre Laval ne tint jamais compte de son impopularité. En témoigne ce dialogue avec Weygand, le 12 novembre 1942: « Monsieur Laval, vous avez contre vous 95 % des Français ». « Dites plutôt 98 %, lui répond Laval, mais je ferai leur bonheur malgré eux. » 

Le 22 juin 1942, Pierre Laval prononçait à la radio un discours que je vous livre ici (presque) intégralement : « Nous avons eu tort, en 1939, de faire la guerre. Nous avons eu tort, en 1918, de ne pas organiser une paix d’entente avec l’Allemagne. Aujourd’hui, nous devons essayer de le faire. Nous devons épuiser tous les moyens pour trouver la base d’une réconciliation définitive. 

Je ne me résous pas, pour ma part, à voir tous les vingt-cinq ou trente ans la jeunesse de nos pays fauchée sur les champs de bataille. Pour qui et pourquoi ? … 

J’ai la volonté de rétablir avec l’Allemagne et avec l’Italie des relations normales et confiantes. De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. On parle souvent d’Europe, c’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. 

Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices. Et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse. Pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher dans les usines et aux champs. Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. …Ainsi donc, comme je vous le disais le 20 avril dernier, nous voilà placés devant cette alternative : ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée, ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation. 

Je veux être toujours vrai. Je ne peux rien faire pour vous sans vous. Nul ne saurait sauver une nation inerte ou rétive. Seule, l’adhésion du pays peut faire d’une politique sensée une politique féconde. Je sais l’effort que certains d’entre vous doivent faire pour admettre cette politique. L’éducation que nous avons généralement reçue dans le passé ne nous préparait guère à cette entente indispensable…J’ai toujours trop aimé mon pays pour me soucier d’être populaire. J’ai à remplir mon rôle de chef. Quand je vous dis que cette politique est la seule qui puisse assurer le salut de la France et garantir son développement dans la paix future, vous devez me croire et me suivre… » 

Après la guerre, le communisme s’est répandu dans le monde comme une trainée de poudre, en Chine, en Indochine, en Amérique latine, dans plusieurs de nos anciennes colonies, dans tous les pays de l’Est…etc… On a séparé Berlin-Est et Berlin-Ouest par un mur. Il faudra attendre 1989, pour voir le mur de Berlin détruit, et 1991 pour que « l’Empire éclaté »(6) pronostiqué par Hélène Carrère d’Encausse devienne une réalité. Et le communisme a fait… 150 millions de morts dans le monde. 

Pierre Laval était aussi européen convaincu qu’Emmanuel Macron. Comme lui il croyait au « couple franco-allemand » mais l’époque n’était pas la même. Laval a été fusillé, après un simulacre de procès (7), le 15 octobre 1945. Il avait tenté de se suicider avec une capsule de cyanure. Les épurateurs lui ont fait un lavage d’estomac pour pouvoir le fusiller… assis. De surcroît, la Cour avait déclaré son indignité nationale et prononcé la confiscation de tous ses biens. 

Emmanuel Macron, lui, sera largement réélu, j’en suis intimement convaincu ! 

Pour conclure, NON, je ne suis pas « Poutinolâtre » mais j’avoue qu’en ce moment je suis « Bidenophobe » au vrai sens du terme : j’ai très peur que ce cinglé finisse par trouver un prétexte pour nous faire entrer en guerre avec l’OTAN. Ce serait, je le crains, le début de la troisième Guerre Mondiale. La première a fait 18 millions de morts, la seconde 50 millions. Je n’ose imaginer le bilan de la troisième. Poutine – le camp du mal – est capable d’utiliser l’arme atomique. 

Le camp du bien, lui, a déjà brulé à la bombe incendiaire les populations civiles de Tokyo ou de Dresde ; déversé des tonnes de bombes sur l’Irak, la Syrie, la Serbie, l’Afghanistan; rasé et irradié Hiroshima et Nagasaki à la bombe atomique, mais c’était au nom de la liberté et de la démocratie. 

Biden et Macron font partie de ces va-t-en-guerre qui n’ont jamais entendu siffler que des balles de tennis ou de golf, mais qui ne semblent pas avares du sang…des autres. 

J’ai commencé cet article en citant Boris Vian, terminons-le avec lui : 

« S’il faut donner son sang / Allez donner le vôtre, 

Vous êtes bon apôtre / Monsieur le président… » 

Eric de Verdelhan. 

1)- Je précise, modestement, que j’ai jamais eu à risquer ma peau, je me contente d’assumer mes écrits, mais après tout, c’est mieux que rien. 

2)- « La Grande Histoire des Français sous l’Occupation » d’Henri Amouroux ; 10 volumes ; Robert Laffont, 1976-1993. 

3)-LVF : Légion des Volontaires Français (contre le Bolchevisme). 

4)- FTP : Franc-Tireur-Partisan. 

5)- « Le rêveur blessé » de Christian de La Mazière; Robert Laffont ; 1972. 

6)- « L’Empire éclaté » d’Hélène Carrère d’Encausse ; Flammarion ; 1978. 

7)- « Laval, vingt ans après » de Guy Bechtel ; Robert Laffont ; 1963.