Le déni

6 décembre 2019 Non Par CP

La poussière sous le tapis

Extrait de l’éditorial du numéro 181 (décembre-janvier) de la revue ELEMENTS :

« Le temps est passé où l’on tentait de résoudre les problèmes, aujourd’hui on cherche à les dissimuler. Surtout pas de vagues, la poussière sous le tapis et lunettes roses pour tout le monde ! (…) On ne veut plus voir ce que l’on voit. On le nie. 

  (…) l’Europe ne veut plus rien d’autre que se délester d’elle-même. Il suffit de voir le scandale provoqué par la création à Bruxelles d’un commissariat « chargé de la protection du mode de vie européen ». Quoi, comment ? Un « mode de vie européen », mais qu’est-ce que cela veut dire ? On s’est donc aussitôt appliqué à rassurer les critiques : le « mode  de vie européen » consiste tout simplement à accepter le mode de vie des autres. Il suffisait d’y penser.

  Sur l’immigration, les moulins à prière tournent en permanence. On psalmodie avec application les formules rituelles, les incantations humanitaires, on récite pieusement tous les mantras au service de la doxa dominante : il n’y a pas de problèmes, c’est une chance pour la France, il n’y a pas plus d’immigrés aujourd’hui qu’autrefois, il y en a beaucoup plus mais c’est une bonne nouvelle pour l’économie. La vérité ne se conçoit plus que voilée, c’est le cas de le dire. Les actes de guérilla urbaine ? De « jeunes imbéciles », autrement dit des galopins. Les agressions dans les services d’urgence ? Une affaire de budget. La révolte des banlieues ? Le fruit du chômage et de la pauvreté. L’insécurité ? Un sentiment sans fondement. L’islamisation de la vie publique ? C’est très exagéré. Les appels à la haine ? Allons, on tient quand même Zemmour à l’œil ! Les émeutes, les guet-apens, les incendies volontaires ? Il faut bien que jeunesse se passe. Et puis, il  ne faut pas généraliser.  

  Les policiers, les pompiers, les médecins, les postiers se font attaquer. Oui, mais par qui ? Par des grizzlis ? Des terroristes commettent des attentats, des bombes explosent, on égorge en pleine rue. Mais qui fait tout ça ? Des bouddhistes, des mormons, des témoins de Jéhovah ? Des lapins terroristes ? Surtout ne pas prononcer les mots qui disent ce qu’il en est, surtout ne pas envisager d’autres causes que des causes politiquement correctes. Retarder le plus longtemps possible l’émergence de la vérité. (…)

Pour justifier le déni, on fait appel au vocabulaire humanitaire, émotionnel et lacrymal. On cherche l’appui du langage qui euphémise pour mieux nier l’évidence. On châtre la langue en pratiquant la litote, la métaphore, le non-dit : les « violences urbaines », les « incivilités », les « quartiers défavorisés » (ou « sensibles », ou « difficiles »), les déséquilibrés », les « jeunes » qui n’ont pas acquis les « codes » du « vivre ensemble », mais qui ont la « haine » parce qu’ils ne supportent pas les « amalgames ». (…)

Aujourd’hui, pourtant, dans le monde entier, les peuples descendent dans la rue. Pourquoi ? Parce qu’ils sont excédés. Parce qu’ils n’en peuvent plus. Parce qu’ils sont très en colère. A défaut de courage, c’est peut-être la colère qui transformera les braves gens en gens braves. Espérons qu’entre-temps, dans la France pleurnicharde, la France bisounours, la France des marches blanches et des bougies, le coq gaulois n’aura pas définitivement cédé sa place à une poule mouillée.

 

Alain de Benoist