Mobilisation des préfets contre l’islamisme, pas en avant ou pas d’amalgame?

6 décembre 2019 Non Par CP

par Aurélien Marq – 4 décembre 2019

La timidité face à l’islamisme ne permettra pas d’en venir à bout. Aurélien Marq, polytechnicien, haut-fonctionnaire  en  charge  de  questions  de  sécurité,  dévoile  les  cinq  problèmes  que  Christophe Castaner doit résoudre. Jeudi 28 novembre, Christophe Castaner a réuni 125 préfets place Beauvau pour leur déclarer  que  «  la  radicalisation  et  le  terrorisme  [étaient]  les  symptômes  les  plus  graves  d’un  mal  plus  profond  qui  touche  trop  de  nos  quartiers.  »  Il  ajouta  :  «  Je veux  parler  de  l’islamisme  et  du  communautarisme.  »  Belle  évolution  de  la  part  d’un  ministre  qui,  il  y  a  moins  de  deux  mois,  affirmait au Sénat : « Chacun ici sait que personne ne fait de lien entre la religion musulmane et  le terrorisme, ni même entre la religion musulmane, la radicalisation, et le terrorisme. »

Hydre islamiste, droit devant !

Alors,  cette  «  action  coordonnée  pour  lutter  contre  la  radicalisation  et  recréer  la  cohésion  sociale », prise de conscience salutaire ou poudre aux yeux ? C’est que les Français finissent par se lasser des déclarations d’intention jamais suivies d’effets, à l’image de ce que furent les  discours  d’Emmanuel  Macron  aux  obsèques  d’Arnaud  Beltrame,  puis  un  an  plus  tard  sa  déclaration  sur  «  l’hydre  islamiste  ».  Pour  dépasser  ce  stade,  les  mesures  du  ministre  de  l’Intérieur  devront  surmonter  cinq  problèmes  :  un  problème  de  cohérence,  un  problème  judiciaire, un problème culturel, un problème d’analyse de fond, et un problème de sens.

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PROBLÈME DE COHÉRENCE : l’Etat ne peut pas prétendre lutter contre le communautarisme si « en même temps » il en tolère voire en finance la promotion. Que deviennent les avantages fiscaux dont bénéficie le Qatar ? Pourquoi concentrer la méfiance sur RT France plutôt que sur AJ+ ? Où en est l’interdiction des Frères Musulmans et de leurs affidés ? Parle-t-on enfin de la dissolution du CRAN et de la LDNA ? Et du PIR ? Qu’en est-il des subventions abondamment versées à l’UNEF ? Aux syndicats qui ont soutenu la « marche contre l’islamophobie » ? A Sud rail,  dont  un  représentant  lors  de  cette  marche  de  la  honte  a  revendiqué  le  droit  de  ne  pas serrer  la  main  des  femmes  ?  Et  je  pourrais  y  ajouter  ces  innombrables  associations  locales bénéficiant des largesses municipales – les élections approchent – et du clientélisme électoral, dont chaque «  affaire  du  voile  » nous rappelle  la  nocivité.  A  propos  du  voile,  la  neutralité  du temps scolaire et des accompagnateurs, où en est-ton ? LREM est contre…. 

Au fait, Aurélien Taché est toujours membre de la majorité ?

PROBLÈME JURIDIQUE ET JUDICIAIRE : combattre l’infiltration endémique des islamistes et des communautaristes dans des  milieux  professionnels  et/ou  associatifs,  c’est  se  heurter aux lois  contre  les  discriminations,  ou  du  moins  à  leur  interprétation  par  certains  magistrats  pour lesquels « la société » est par nature toujours coupable. Comme l’expliquait Mohamed Sifaoui, 10  jours  avant  l’attentat  de  la  Préfecture  de  Police  l’administration  n’aurait  pas  pu  licencier Mickaël Harpon, la justice y aurait vu discrimination d’un « racisé » handicapé converti à l’islam 

Que faut-il donc penser d’un combat contre l’islamisme qui « en aucun cas ne devra avoir pour effet  de  stigmatiser  une  personne  ou  un  groupe  de  personnes  à  raison  (…)  de  leur appartenance  à  (…)  une  religion  déterminée,  ni  de  s’apparenter  à  une  quelconque discrimination. » Faut-il appliquer aux bouddhistes la même méfiance qu’aux salafistes ? Faut-il mettre sur le même plan le Tao Te King et les livres sur le tawhid proclamant que tous les non-musulmans sont voués à l’enfer éternel ?

C’est aussi se heurter à des réseaux qui ne manquent pas de moyens financiers et n’hésitent pas  à  recourir  au  jihad  judiciaire.  La  Garde  des  Sceaux,  Nicole  Belloubet,  était  présente  au séminaire organisé par son homologue de l’Intérieur. Va-t-elle donner des directives pour inciter les magistrats à faire usage de l’article 472 du Code de Procédure Pénale concernant l’abus de droit, pour contraindre les adeptes du jihad judiciaire à prendre en charge les frais de justice de leurs victimes ?

La peur, notre plus grande faiblesse?

De plus, lorsque le ministre de l’Intérieur déclare vouloir une politique de mixité sociale, qu’il se souvienne  qu’en  l’absence  de  fermeté  judiciaire  cela  revient  à  mélanger  les  moutons  et  les loups : lorsque la peur de la sanction ne remplit plus son rôle, le « vivre ensemble » n’est qu’un jeu de massacre.

PROBLÈME  CULTUREL :  l’État  peut  beaucoup,  mais  il  ne  peut  pas  tout,  et  les  Français auraient  grand  tort  de  se  défausser  de  leurs  responsabilités  sur  lui.  La  peur  de  l’accusation d’islamophobie  est  notre  plus  grande  faiblesse,  et  la  plus grande arme de nos ennemis :  elle interdit de voir ce que l’on voit, et plus encore de dire ce que l’on voit. Elle sert à faire taire les musulmans  réformateurs  comme  les  apostats  de  l’islam,  elle  sert  à  entretenir  le  déni,  elle conduit  à  sacraliser  l’intolérance.  Mais  elle  n’est  forte  que  si  nous  sommes  faibles,  que  si collectivement nous choisissons de nous y soumettre.

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Chacun d’entre nous a le devoir d’oser la vérité, de la dire, de l’écrire, autour de nous, sur les réseaux, dans les médias, auprès des élus, et par-dessus tout auprès des plus jeunes pour les mettre en garde. Contre les mensonges qu’ils ne manqueront pas d’entendre. Contre les « safe spaces  »  par  lesquels  les  universités  courtisent  les  dogmatismes  au  lieu  d’encourager  au questionnement. Contre la tentation de la censure.

PROBLÈME D’ANALYSE DE FOND :  Alors même que  Christophe  Castaner  annonçait  un  « changement de paradigme »,  la  préfecture du Rhône invitait  à  «  mieux  faire  connaître  l’islam dans la société civile, notamment via les médias. » La seule question qui vaille est donc celle-ci : qu’entend le gouvernement pas « mieux faire connaître l’islam » ?

S’agit-il de populariser et diffuser l’approche historico-critique, afin d’encourager l’indispensable prise de distance par rapport aux textes dits sacrés dont l’islamisme n’est que la rigoureuse et stricte application ? De faire connaître les analyses de Souâd Ayada, le « Coran des historiens » récemment publié, ou le travail de Yadh Ben Achour sur l’islam et les droits de l’Homme ?

Ou  s’agit-il  au  contraire  de  contribuer  à  répandre  le  discours  lénifiant  du  «  cépaçalislam  », légende  hagiographique  dont  le  seul  objectif  est  d’éviter  à  l’islam  de  faire  face  à  sa responsabilité  dans  l’existence  et  la  puissance  de  l’islamisme  ?  Ce  mensonge  peut  sembler sympathique mais le perpétuer a pour seul effet d’aider l’islamisme à se dissimuler dans l’islam, à y rester lové, toujours prêt à ressurgir à la moindre occasion.

Car  enfin,  il  faut  le  dire  et  le  redire :  si  l’islam  n’est  pas  réductible  à  ce  que  l’on  appelle couramment l’islamisme – en fait l’islam littéraliste théocratique – ce totalitarisme fait partie de l’islam, et ce depuis l’origine. « L’islamisme est la maladie de l’islam, mais les germes du mal sont dans le texte » disait Abdelwahab Meddeb, phrase que le ministre de l’Intérieur chargé des cultes ferait bien de méditer chaque jour, au lieu d’affirmer comme il le fait que « en aucun cas je  ne  mets  l’islam  dans  cette  pyramide  de  la  violence  »  et  d’écrire  que  l’islam  politique  « détourne  une  religion  de  ses  fondements» La  destruction  du  sanctuaire  de  Taëf  en  632  sur ordre du Prophète, et le choix de « la conversion ou la mort » imposé aux Banu Thaqif qui en avaient la garde, seraient donc un détournement de l’islam par son propre fondateur ?

Et le fait de promouvoir sans recul critique le « bel exemple » du « meilleur des hommes » qui s’est marié avec une fillette de 6 ans, Aïcha, et a utilisé une prisonnière de guerre, Safiya, comme esclave sexuelle, détournement ?

Réhabiliter l’identité nationale?

Assez de faux semblants ! Bien sûr, l’islam n’est pas seulement l’islamisme, et nos concitoyens musulmans  ne  sont  pas  seulement musulmans,  mais  des hommes et  des  femmes doués  de sens  moral  et  de  responsabilité  individuelle.  Et  justement  :  il  leur  incombe  de  faire  face  aux réalités  déplaisantes,  et  il  incombe à  tous  de comprendre qu’ils  en  sont  capables  et  donc  de l’exiger  d’eux.  Quelles  réalités  ?  Celle-ci,  par  exemple  :  les  seuls  pays  au  monde à  punir  de mort  le  blasphème  et  l’apostasie  sont  13  pays  musulmans  agissant  au  nom de  l’islam  et  se référant à ses textes saints. Et presque partout où l’islam est dominant, l’apostasie est illégale et les droits des non-musulmans sont bafoués.

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Il  y  a  des  musulmans  humanistes,  et  qui  tentent  de  créer  un  islam  humaniste  – ou  un humanisme spirituel s’exprimant dans le langage symbolique des cultures d’islam. Ceux-là ont en commun d’assumer  le même devoir  de  lucidité  :  l’obscurantisme  wahhabite,  l’impérialisme fréro-salafiste, la sauvagerie jihadiste ont tout à voir avec l’islam ! Comment espérer en extirper ces monstruosités – ou créer un islam régénéré qui en soit délivré – sans admettre d’abord que pour l’instant elles font partie de lui ?

PROBLÈME DE SENS, ENFIN : on ne peut pas lutter contre le communautarisme sans donner envie  d’appartenir  à  la communauté nationale.  Et  cela  ne passe pas  par  les  milliards  d’euros déversés dans une « politique de la ville » jusqu’ici notoirement inefficace, mais avant tout par le fait de donner le goût et la fierté de cette appartenance. Cessons de mépriser les habitants des « quartiers » : ils ont le droit de vouloir de la France autre chose que « du pain et des jeux » – des  allocations  et  une  connexion  à  Netflix.  Ils  ont  le  droit  d’exiger  de  nous  que  nous  leur proposions de rejoindre ce qui a fait et fait encore la grandeur de la France. Un simple espace géographique de transit, un « hub » économique ou une start-up nation ne sauraient combler le besoin d’appartenance de l’être humain. 

Il  faut  réhabiliter  l’identité  française.  Réhabiliter  et  non sacraliser, mais réhabiliter tout de même.

N’est-il pas surréaliste qu’en France la seule identité que l’on n’ait pas le droit de revendiquer fièrement soit l’identité française – à part lors des matchs de coupe du monde, et encore ? 

La culpabilisation permanente de l’Occident est le principal terreau du communautarisme : elle pousse  ceux  qui  le  peuvent  à  embrasser  des  identités  alternatives,  et  désarme  moralement ceux qui ne peuvent être qu’occidentaux.

Certains prétendent mettre de côté l’art de vivre et les traditions françaises pour mieux accueillir ceux  qui  viennent  d’ailleurs.  Mensonge  !  On  ne  se  sent  pas  bien  accueilli  lorsque  l’on  entre dans  une  maison  vide.  Toutes  les  civilisations  de  ce  monde  ont  du  sang  sur  les  mains  !  Au moins la nôtre a-t-elle la lucidité de ne pas se croire parfaite, et c’est peut-être sa plus grande noblesse à condition qu’elle trouve la force de se tenir la tête haute malgré tout.

Héritiers  de  l’Antiquité,  de  la  Chrétienté  et  des  Lumières,  du  Parthénon  et  des  cathédrales gothiques,  de  Socrate et  de  Victor  Hugo,  nous sommes les  dépositaires  de  quelque  chose  qui nous dépasse et que nous avons le devoir d’enrichir et de transmettre. Et si nous perdons cela de vue le combat contre l’islamisme et le communautarisme sera voué à l’échec.