Mondialisation et patriotisme

19 avril 2020 Non Par CP

Au mois de janvier 2020, Bruno Lemaire affirmait qu’il n’était pas question de “donner un coup de pouce au SMIC”

Le COVID-19 change la donne, Bruno Lemaire et le gouvernement s’endette à milliards s’autorisant aujourd’hui ce qu’ils s’interdisaient hier…Sur le moment, on pourrait considérer que cette opération de sauvetage est une sage décision, elle est seulement indispensable !

MAIS QUE DEMANDERONT NOS DÉBITEURS ???

Certains prédisent que la crise multiforme qui va succéder à la pandémie du

Covid 19 nécessitera un nouvel ordre planétaire où les frontières seront abolies.

Un ministre britannique vient d’appeler à un gouvernement mondial.

D’autres l’ont fait avant lui, chez nous, en France, qui se targuent de philosophie

ou de futurologie. Je m’en inquiétais déjà dans un précédent article. Les

internationalistes financiers, les banquiers, les humanoïstes, responsables au

premier chef de l’étendue de la diffusion de cette maladie, reprochent, sans

complexe, aux États, leur repliement sur soi. Ils dénient aux nations les ressorts

économiques et politiques pour surmonter, seules, les moments délicats

que nous allons, sans doute, vivre.

Ce sont des extrémistes de l’accaparement des richesses, car ne nous y

trompons pas, leur but n’est pas une meilleure humanité, mais une organisation

où l’immense majorité des hommes serait contrôlée et robotisée et où

une minorité s’enrichirait toujours plus et endoctrinerait la masse. Le pouvoir

pour le pouvoir et l’argent pour l’argent sont leurs motivations. Leur vision est

à la fois démesurée, insensée et inhumaine. Elle a été favorisée par

l’ascendant qu’ils ont acquis dans la mondialisation actuelle, très largement

voulue et dominée par les États-Unis et l’ensemble anglo-saxon, au point que

nous pouvons parler « d’américanisation » du monde.

Mais cette ambition est d’emblée mensongère dans ses objectifs.

En effet je vois mal des grands pays comme la patriotique Russie, la xénophobe

Chine, le Japon secrètement nationaliste, l’Inde anarchique ou l’Iran

fermement musulman et quelques autres dont la parole et l’action comptent,

accepter des règles qui les priveraient de leur nature et d’une énorme part de

leur souveraineté. Utopie donc? Non, il s’agit, en fait, d’une adresse des serviteurs

des volontés étasuniennes au seul reste de l’Occident, réputé moralement

amolli et prêt à toutes les subordinations. Une tentative pour saisir, à

la volée, une occasion imprévue. La mondialisation envisagée concernerait

uniquement l’instigateur discret de cette prétention avec ses alliés de peuplement

anglophone et l’UE convertie aux principes de l’ultra-libéralisme

étatsunien.

La mondialisation souhaitée serait donc bien « l’américanisation », non pas

du monde, mais de l’Europe et, par voie de conséquence de la France.

L’Occident c’est l’ouest…nous risquons de subir la poursuite de la « conquête

de l’ouest » quand bien même, géographiquement, le continent européen

soit à l’est de l’américain… Mais l’ensemble se situe bien à l’ouest de

ceux qui ne s’associeraient pas, majoritairement, à cette quasi-fusion ou colonisation!

Ce serait l’unification de l’Occident !

En fait cela se traduirait par une énorme consolidation de la puissance étatsunienne

qui, aujourd’hui, se sent menacée dans son rôle mondial par des

puissances émergentes et ne trouve, dans une orientation vers l’Océan pacifique,

que déboires et incertitudes. Les États-Unis, renforcés définitivement

par leur succursale européenne, pourraient, dès lors, continuer à peser lourdement

sur le destin d’une planète modifiée à leur avantage.

Les frontières extérieures à cette pseudo mondialisation – car elle aurait ses

bornes – joueraient comme un filtre dont la porosité serait pilotée par Washington

en fonction des intérêts de cet Occident unifié sous ses ordres.

Il s’agit, en réalité, d’une réponse, chargée d’une forte inquiétude, à

l’émergence d’un monde multipolaire et à la dispersion de la puissance politique

et économique entre États et acteurs non-étatiques. Cette action n’est

pas exempte de nostalgie de l’époque de la guerre froide où Washington,

sans contestation véritable, dirigeait le bloc occidental contre l’URSS, ses alliés

et satellites.

L’hostilité actuelle des États-Unis, face à la Russie, confirme, à bien des

égards, le regret d’une période où la puissance étatsunienne pouvait

assurer facilement son quasi-impérium.

Certains, chez nous, en France, sous couvert d’un verbe presque patriotique

et de décisions qualifiées d’exceptionnelles, essaient déjà d’avancer des mesures

qui, demain, s’ils l’emportent dans les élections à venir, leur permettront

d’insérer davantage le peuple français dans ce système

d’asservissement. J’ai l’impression, au plan sociétal, d’un retour en arrière.

Une classe aux attaches étasuniennes qui se reconnait par l’appartenance

de ses membres à certains clubs, au partage de cette philosophie supranationale

occidento-globalisante, un style de parole et une certaine fortune,

ambitionne d’imposer sa loi aux peuples les plus « aptes » à être subjugués.

Davantage d’Europe, dont nous savons désormais qu’elle a puissamment été

encouragée à ses débuts, sous une forme intégrationniste, par les idéologues

de Washington; pour davantage d’intimité avec les États-Unis! Chez

nous une telle attitude, contraire aux intérêts de la majorité du peuple, a déjà

conduit à la révolution.

La « mondialisation » telle qu’elle existe aujourd’hui, en prémices de ce que

serait celle de demain, constitue au plan éthique, culturel et tout bonnement

humain, un danger avéré. Seules quelques rares grandes puissances pourraient

la contrôler, à leur seul profit, s’en protéger, et rapidement en modifier

le cours.

L’idée hypocrite de « mondialisation », n’est, en réalité, que l’utilisation de

l’analyse de ce qui a toujours existé entre les États. Les nations ont, depuis

leur origine, voulu s’imposer, conquérir, dominer et commercer. Nous

sommes confrontés à un détournement des faits et à leur enrobage dans une

espèce de conceptualisation destinée à masquer la poursuite désespérée de

l’impérialisme étatsunien. Il s’agit d’une tromperie.

J’y découvre la reprise des principes généraux de l’opération Fortitude,

avec une plus grande ampleur encore. L’opération vise, progressivement,

à endoctriner le maximum d’êtres humains en les aveuglant sur

les objectifs véritables. Les États-Unis sont coutumiers du fait. Ils ont,

depuis leur création, pratiqué, avec cynisme, le mensonge et la désinformation.

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Ce qui risque de se passer ne diffèrera, de ce qui s’est produit hier, que par

les conséquences d’une puissante économie appuyée par une technologie

sophistiquée reposant sur l’informatique et une vitesse nécessitant, aux yeux

de certains, la levée du maximum d’obstacles, donc des frontières.

Les États, même les plus éloignés, ont toujours cherché à établir des relations

pour échanger, convertir, ou dominer. Depuis la plus haute antiquité, les

guerres ont constamment précédé ou suivi l’établissement de relations commerciales.

Les empires se sont constitués pour gagner des territoires et leur

population, s’enrichir et soumettre à une religion ou à des usages. Les

grandes invasions avaient déjà, pour finalité, de profiter des richesses de

nouveaux territoires au détriment des indigènes. L’islam conquérant et les

croisades n’ont rien fait d’autre.

Les grands voyageurs et découvreurs du XVème au XVIIème siècle agissaient

par appât de richesses supposées, davantage que par curiosité. Dans cette

pensée, Christophe Colomb atteignit les côtes américaines et Marco Polo

voyagea en Chine, alors que l’islam refluait d’Europe. Pendant ce temps Venise

établissait des comptoirs vers l’Orient et imaginait un système bancaire

performant. Les grandes foires, notamment de Champagne, rassemblaient

toutes sortes de négociants apportant leurs produits de tous les horizons de

l’univers alors connu. Rapidement les puissances européennes conquirent de

vastes espaces. L’Espagne et le Portugal se partagèrent le monde à découvrir

en signant le traité de Tordesillas (1494). Vasco de Gama gagna l’Inde en

contournant l’Afrique. Français, Anglais et Hollandais, s’engagèrent, au

XVIème siècle, à leur tour, dans cette conquête de la planète. Tout cela relevait

d’une mondialisation…la première. Elle était conquête, enrichissement

et, naturellement, oppositions entre États. Les puissances européennes au

cours des siècles suivants continuèrent leur expansion mondiale tout en

s’affrontant sur le sol du continent. La guerre et le commerce sont dans la nature

des peuples. Cela ne changera pas avant longtemps…

Le genre humain est unique, mais sa richesse et le progrès résident dans sa

diversité. La tour de Babel en est le meilleur symbole. Elle enferme les

hommes dans une seule utopique construction, mais elle les maintient dans

leur diversité ou en accroit les effets. Dieu l’a voulu ainsi…

Cette mondialisation première a connu, elle aussi l’avatar des épidémies,

bien plus graves que l’épisode du Covid-19. Elles constituent la preuve, si

celle-ci se montrait nécessaire, de relations déjà largement transfrontalières.

Je rappellerai simplement la peste noire, entre 1347 et 1352, déjà importée

de Chine et se propageant à partir de la route de la soie que les Chinois

d’aujourd’hui tentent de rétablir à leur seul plus grand profit. Elle tua la moitié

de la population du continent européen et, probablement dans les mêmes

proportions, celles de la Chine et de l’Asie. Je pourrais ajouter les épidémies

de choléra, de variole et toutes les maladies transmissibles qui sautèrent allègrement

les frontières pour tuer les hommes. Celle de choléra de 1849 fit

20 000 morts à Paris et 100 000 dans toute la France. Elle concerna

l’ensemble de l’Europe et franchit l’Atlantique. Son retour en 1866, toujours

venant de l’est par les voies de communication, tua, plus de 11 000 personnes

dans notre pays. Je citerai aussi les millions de morts causés par la

grippe espagnole qui parcourut un continent rétablissant difficilement des relations

pacifiques. Je peux ajouter les 100 000 décès, chez nous, dus à la

grippe asiatique de 1957 et encore les 31 000 morts en France et 1 million de

morts dans le monde, en 1969, dus à la grippe de Hong Kong. Ne parlons

pas des petites alertes du SRAS ou du virus H1N1.

Face à ces épidémies, les réactions quand il y en eut, se firent à l’intérieur

des États. La seule unité de l’humain réside bien dans la fatalité de son destin.

Il est mortel, il le sait, tout comme les civilisations. Or, acceptant sa létalité

et assimilant l’inéluctable, il imagine, découvre, s’organise, se grandit et

combat. L’individu meurt, mais le groupe survit, se rassemble, se défend et

progresse. Le groupe fraternel constitue donc le moyen de ne pas voir périr

la civilisation qu’il a lentement construite.

Supprimer le groupe et abolir la fraternité au profit d’une gérance universelle

des consciences qui se voudrait omnipotente et savante, aboutirait

à l’effondrement des civilisations et de la nature humaine. Même si

des paliers, ou des étapes, en sont envisagées, ce qui est recherché aujourd’hui,

par quelques-uns, est bien ce laminage de l’humanité.

Le monde anglo-saxon et ses supporteurs constituent un groupe cherchant à

s’ériger en référence pour la planète. Il vise à incorporer des États riches et

moralement fragilisés par son action insidieuse. L’invasion, linguistique, cinématographique,

référentielle ou celle de ses modes et usages, accompagnant

un soi-disant bouclier sécuritaire des États-Unis et une monnaie à la

fois nationale et internationale, ne sont que quelques vecteurs de cette volonté.

Je ne peux nier à cet ensemble la qualité de civilisation. Mais elle est

autre que la civilisation française, même si certains traits les rapprochent.

Elle est également profondément différente de bien des caractères et références,

intellectuelles, morales, artistiques et matérielles, défendues par

d’autres ensembles humains.

La théorisation d’un phénomène ancestral, imaginée par un clan transnational,

dissimule mal la volonté agressive et extravagante d’uniformiser une part

de l’humanité, puis l’humanité toute entière, à l’aune des normes civilisationnelles

et culturelle étatsuniennes. L’opération conduite est puissante, certes,

mais toujours à la merci d’incidents, d’accidents et plus généralement de

l’imprévisible.

Cette action s’est propagée et a pris de l’ampleur depuis la fin de la deuxième

guerre mondiale. Elle même, avec la première, se définissant, par

l’implication de la majorité des nations, comme les exemples évidents et paroxystiques

des échanges et des relations entre les peuples!

Mais cette tentative de domination, sous couvert d’une supposée inéluctabilité

de la « mondialisation » et supériorité du modèle étatsunien, vient de se

heurter à l’inattendu de la propagation d’un agent infectieux inconnu. Un ennemi

microscopique! Face à lui les nations ont brutalement révélé leur vigueur

et leur constante nécessité, mettant à bas toutes les périlleuses exagérations

supranationales ou mondialistes. Les conséquences de cette vision

irréaliste sont apparues dans toute leur dramatique évidence.

La crise sanitaire actuelle aurait pu être accessoire ou presque, comme l’ont

été d’autres pandémies de la deuxième moitié du XXème siècle évoquées plus

haut, si la plupart des dirigeants, n’étaient prisonniers du principe de « communication

».

Rappelons que 98 % des personnes infectées guérissent, pour la plupart

avec un traitement basique et que, parmi elles, un grand nombre

demeurent asymptomatiques.

Dans cette obligation médiatique supposée, il faut savoir aller aux extrêmes,

soit dramatiser, soit apaiser, mais toujours paraître pour contrôler l’image que

l’on croit donner, et maintenir son potentiel électoral. Pour ce motif, antinomique

avec la raison, des irresponsables ont sabré dans le domaine de la

santé, – comme ils l’ont fait ailleurs – les réserves stratégiques qui auraient

permis de mieux gérer cet épisode viral. Au nom, bien évidemment, de la rationalité

budgétaire qui veut que le Service Public soit soumis aux exigences

de la rentabilité économique au mépris de la sécurité des personnes et de

l’égalité des citoyens. Cette obligation étant imposée par les fondements de

l’ultra- libéralisme, véhicule de la « mondialisation-américanisation », via l’UE,

à laquelle les trois derniers présidents et leurs collaborateurs, ont soumis la

France. D’ailleurs, déjà, persévérant dans ces dangereux errements et incapables

de tirer les premiers enseignements de ce qui passe, quelques-uns

étudient la réduction du budget de la Défense, supposant sans doute, que

d’autres investiront pour assurer notre sécurité.

Nous sommes dirigés par des communicants. Nous n’avons pas de

chefs. Dans les circonstances actuelles, un des effets pervers de

l’absence de frontière s’est révélé dans le phénomène d’imitation ou de

panique. Il fallait agir comme l’autre, au cas où il aurait eu raison, en

jonglant avec des moyens réduits pour cause d’une mondialisation mal

comprise et subie…

Si je me résume; auront été mis en exergue ces temps derniers, l’inutilité de

l’UE dans cette crise rendue majeure par les déficiences de nos dirigeants;

les effets périlleux d’une mondialisation délirante répondant grandement à

l’ambition d’une coterie transnationale; le danger des abandons de souveraineté

et du refus de réflexions stratégique et géopolitique et les limites de la

politique d’abrutissement des peuples qui en découle. Mais aussi, en contrepoint,

a resurgi la nécessité des frontières, des investissements sécuritaires,

du contrôle de la monnaie et des taux d’intérêt. Cette crise a vu un retour à la

solidarité de la nation, des familles, des villes et villages et des entreprises, à

côté de l’égoïsme de quelques-uns.

J’ajouterai que les réseaux sociaux, contournant le confinement imposé,

ont globalement joué le rôle de relai des principes démocratiques

malmenés par des autorités sans cap ni morale, montrant ainsi le besoin

profond d’un renouveau politique.

C’est dans la nature des nations de commercer, de conclure des accords ou

des alliances, tout en défendant leur spécificité. Ces échanges peuvent aussi

se traduire par une compétition. Même si celle-ci se montre parfois dramatique,

elle finit toujours par un progrès pour l’ensemble. Chacun l’adapte alors

à sa manière. D’ailleurs pourrait-il y avoir, échanges véritables et évolution, si

chacun se ressemblait?

Alors, oui au négoce, à la connaissance des autres et à la recherche de leur

amitié, mais dans le respect de l’indépendance et de la dignité des peuples et

de la protection absolue de leur identité et de leur sécurité.

Cette crise peut donc se révéler comme l’origine d’un renouveau où la

France se libérera des entraves qui gênent son action, sa sécurité, son essor

et son rôle dans le monde, à la condition, toutefois, de prendre garde au

chant des sirènes et aux compliments et caresses et de ne pas oublier.

Henri ROURE

Cercle de Réflexion Interarmées