Pour que vive la France

5 décembre 2019 Non Par CP

Alors que sont célébrées actuellement les funérailles de la plupart de nos soldats morts « Pour que vive la France », – dont le capitaine Romain Chomel de Jarnieu inhumé ce matin après ses obsèques à l’église Saint Jean -Bosco à Toulon – un poème qui circule sur les réseaux sociaux, attribué au capitaine Clément Frison-Roche, l’un des 13 militaires décédés au Mali la semaine dernière dans le cadre de l’opération Barkhane.
Des élus, dont le député des Alpes-Maritimes ont relayé ce texte poignant qui fait figure de prophétie au regard de ce qu’il est advenu au Mali, et évoque le sacrifice des militaires “pour que vive la France”.

C’est le titre donné par Clément Frison-Roche à ce texte, car il est bien de lui.
“Le poème qui circule a bien été écrit par mon fils, Clément, il y a cinq ans, lorsqu’il était aspirant à l’ESM (Ecole spéciale militaire) de Saint-Cyr Coëtquidan. Il avait alors 22 ans”,
a authentifié son père, Benoît, lorsqu’on lui a posé la question ce mardi matin.

Les obsèques du jeune homme, qui allait avoir 28 ans le 9 décembre prochain, ont lieu ce mercredi après-midi en l’église Sainte-Catherine à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Les militaires issus de sa promotion à Saint-Cyr sont attendus nombreux à cette cérémonie, peut-être que l’un d’entre eux lira ce poème que nous vous partageons ci-dessous, tout en adressant, une nouvelle fois, toutes nos condoléances à la famille Frison-Roche.

Pour que vive la France

“Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête
Nos pères s’en allaient-ils bravant la destinée,
Tantôt l’air abattu par le poids des conquêtes,
Tantôt l’air guilleret de leurs jeunes années.

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,
Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.
Pas un ne regrettait mais tous avaient au cœur
Ce que signifiait mourir au champ d’honneur.

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,
Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,
Par-delà le Djebel et les vallées afghanes,
La souffrance et la peur étaient leur quotidien.

Mais pour que vive la France et la gloire de son nom,
Ils portèrent au front son prestigieux emblème,
Et subissant l’affront jusqu’à celui suprême,
Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,
Leurs corps meurtris exhibait une douleur extrême,
Et dans l’ultime soupir sur leurs visages blêmes,
Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond:

“Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
Prenez ici ma vie, je vous en fais le don,
Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond…”

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,
Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?
Ils t’ont donné leur cœur, ils t’ont donné leur vie,
N’est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

À tes illustres fils tombés pour la patrie,
Plutôt que souvenir tu préfères l’oubli,
À tes jeunes enfants disparus aujourd’hui,
Plutôt que bienveillance tu préfères le mépris.

Qu’adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?
Parmi les injustices de tes institutions,
Et le désintérêt de ta population,
Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront ?
Nulles considérations, seules quelques concessions !
Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons,
Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion !

Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom,
Ce serait avec foi mais non sans une question,
Pour que revive France et la gloire de son nom,
Je te lancerais sans haine ce dernier affront,

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,
Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,
Fera couler ces mots aux milles résonances:
“France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance ?”

Clément-Frison-Roche