VÉRITÉS QU’IL FAUT LIRE

1 juin 2019 Non Par CP

Article rédigé par Général Lalanne-Berdouticq, le 24 octobre 2018

Le  discours  que  nous  reproduisons  ci-dessous  a  été  prononcé  par  le  général Lalanne-Berdouticq (ancien commandant du 3ème régiment étranger d’Infanterie  et ancien chef du bureau de liaison de la Force intérimaire des Nations Unies au  Liban – FINUL 2), lors de la clôture d’une récente session de l’IHEDN.

Lisez-le attentivement. C’est intelligent, plein de bon sens, brillamment construit et  d’une limpide clairvoyance.

C’est  la  vision  d’un  stratège  éclairé,  libre  de  tout  dogme  et  de  toute  entrave  intellectuelle, raisonnablement optimiste mais terriblement inquiet aussi de la lente  dérive de son pays.

Après  ces  dix-huit  jours  inoubliables  à  travailler  ensemble,  à  vous  forger  des  amitiés dont certaines seront définitives, à voir les choses différemment, voici ce  que, comme votre « entraîneur » et un peu « ouvreur de voie », je voudrais vous  dire. En toute liberté bien sûr et avec mon franc-parler habituel !

Le monde est complexe et dangereux

Il est loin des « blocs » que nous avons connus des décennies durant, aussi bien  que  de  la  «  fin  de  l’histoire  »  que l’on nous annonçait  voici  vingt  ans,  et  encore  plus loin de la « paix définitive » qui aurait permis « d’engranger les dividendes de  la paix » chers à des hommes à la courte vue.

Ce monde, notre monde,  reste dangereux. Comme les prophètes que  personne  n’écoutait  dans  les  années  1930,  je  ne  cesse  de  dire  que  le  décuplement  des  dépenses militaires en Extrême-Orient depuis dix ans devrait nous inciter à mieux  surveiller  les  diminutions  insensées  que  subissent  les  nôtres. Dans  l’Histoire  en  effet les mêmes causes produisent les mêmes effets et il y a donc tout à craindre  des abandons qui se produisent chez nous.

Mais  encore  faudrait-il  voir  le  monde  comme  il  est  et  non  comme  beaucoup  voudraient qu’il soit.

  Méfions-nous du  «  prêt  à penser »  :  Il  est presque toujours  faux  et ordonné à  des fins peu recommandables.

1) Non, le Kosovo n’est pas meilleur après la campagne conduite par les alliés  en  1999,  montée  suite  à  une  incroyable  guerre  d’intoxication  médiatique  diabolisant  les  Serbes  et  présentant  les  Albanophones  comme  des  anges  persécutés… Il  en  résulta  la  fondation  du  premier  pays[1]  presque  totalement  mafieux  du  continent  européen,  dont  la population  originelle,  serbe,  a  été sans pitié chassée  de chez elle  dans le  silence des médias ;  ses monastères détruits et ses maisons incendiées.

2) Non,  l’Afrique  d’aujourd’hui  ne  vit  pas  mieux  que  du  temps  de  la  colonisation, à commencer parce que l’esclavage (personne ne le dit) et les  massacres  ethniques  sont  repartis  de  plus  belle  et  que  bien  des  Etats officiellement constitués sont en faillite aussi bien financière que politique.

3) Non, la  Libye d’aujourd’hui  n’est pas meilleure que celle d’hier, puisque au  demeurant  elle  n’existe  tout simplement  plus,  et  que  son  tyran  a  été  remplacé par d’autres, en plus grand nombre.

4) Non la démocratie occidentale n’est pas applicable à tous les continents et à  tous  les  pays.  D’abord  parce  que ce  n’est  pas  un  système  unique  (voyez  comme la  nôtre  est  différente  de  celle  des  Etats-Unis  ou  d’Israël,  ou  bien encore de la Grande-Bretagne) ; ensuite parce que ce système politique ne  peut  s’épanouir  qu’au  sein  de  peuples voyant  la  personne  comme  un  individu  et  non  comme  une  partie  d’un  tout  (société  personnalistes  contre  sociétés holistiques)…

• Dans les grandes questions du monde…

…n’oublions jamais de considérer le paramètre démographique. Il est capital et le  silence des médias et des analystes sur ces sujets en dit long sur l’aveuglement,  qui ne peut qu’être volontaire, de nos élites autoproclamées.

Ainsi, quel est l’avenir de l’Allemagne, qui aura perdu sept millions d’habitants en  2030  et  se  verra  peuplée  en grande  partie  de  ressortissants  d’origine  turque  ? 

Sera-t-elle-la même ?

On  sait  que  l’islam  confond  la  sphère  publique  et  la  sphère  privée  en  refusant  absolument de distinguer « Dieu » et « César ». Or, cette distinction est à la base  même des systèmes démocratiques.

Enfin,  oublie-t-on  qu’une  population  peut  être  chassée  de  chez  elle,  ou  se  voir  remplacée  par  une  autre,  les autochtones  se  retrouvant  alors comme étrangers  sur leur propre sol ?

Sans  remonter  à  la  diaspora  juive  du  premier  siècle,  pensons  aux  Coptes  d’Egypte, aux chrétiens de Turquie et d’Asie (20% de la population en 1900 alors  qu’ils sont aujourd’hui 0,02%, soit mille fois moins) ou bien encore aux Serbes du  Kosovo, déjà cités (90% de la population en 1900 et moins de 10% aujourd’hui) !

Hors les idéologues, qui peut être assuré qu’en France, nous sommes à l’abri de  tels phénomènes ?

Refuser  d’examiner  la  question  sous  couvert  de  mots  en  «  isme  »  est  singulièrement irresponsable.

Or, entendons-nous que l’on pose cette question ? Non.

Considérons  aussi  l’incroyable  effondrement  démographique  de  nos  voisins  Italiens  et Espagnols  et  tentons d’imaginer  ces deux  pays  dans trente  ans  !  «  Il  n’est de richesse que d’hommes », dit le proverbe.

Que sera la civilisation occidentale si, dans trois siècles, des touristes visitent nos  cathédrales  sans  que  personne  ne  puisse  leur  expliquer  le  sens  d’un  Christus  pentocrator  dont  ils  contempleront  la sculpture  sur  le  tympan,  ainsi que  cela  se  passe pour  les  églises  de Cappadoce, alors  que plus aucun  chrétien  ne  vit  aux  alentours ?

Rien n’est définitif dans l’histoire des hommes, pas plus le tracé des frontières que  les peuples qui s’abandonnent et doutent d’eux-mêmes.

• Enfin, cessons de nous croire à l’abri des menaces militaires…

… au motif que nous possédons d’admirables sous-marins nucléaires. La guerre  est  bien  de  retour  et  le  fracas  des  combats  des  Balkans,  maintenant  assourdi,  nous rappelle qu’elle peut s’inviter dans des contrées européennes très proches,  et pourquoi pas chez nous ? Qui peut ignorer que si tout le monde (tout le monde,  sauf nous !) réarme sur la planète, c’est bien pour quelque raison !

Et l’Europe, direz-vous !

Fort  bien, mais l’Europe  n’est  sur  le  plan  militaire  qu’une  addition  de  faiblesses,  vous  le  savez.  Ajouter  des faiblesses  à  d’autres  faiblesses  n’a  jamais  constitué 

une force mais bien une faiblesse plus grande encore[2] !

Comme le disait, je crois, Roosevelt au moment de la Grande dépression, puis au  début  de  l’engagement  américain  dans  la  2e  guerre  mondiale,  «  Ce  que  nous  devons craindre le  plus au monde, c’est la peur elle-même ».  Or, l’histoire nous  enseigne que les populations qui ont peur de la mort sont celles qui disparaissent  de la surface du globe.

Notre manière « d’évacuer » la mort de la vie sociale est effrayante en elle-même,  car  un jour ou l’autre nous devrons combattre pour notre vie, et donc la risquer. 

Ne pas s’y préparer c’est nous assurer de perdre cette vie à coup sûr.

Cela  s’appelle  la  lâcheté,  qui  n’a  jamais  attendri  aucun  adversaire  déterminé  jamais, bien au contraire.

Rappelons-nous  avec  honte  que  certaines  erreurs  peuvent  être  commises  puis  recommencées : la République naissante déclara la guerre illégale en 1791 et se  trouva en conflit avec l’ensemble de ses voisins deux ans plus tard. En 1928, à la 

Société des Nations, cet ancêtre de l’ONU, le « Pacte Briand-Kellog » déclara la  guerre « criminelle » à la face du monde. Onze ans plus tard aussi bien la France  que  la Grande-Bretagne  étaient  acculées  à  une  mobilisation  générale  dans  des  conditions  désastreuses,  pour  aboutir  à  ce  que  l’on  sait  :  l’occupation  de  toute  l’Europe sauf la Suisse, et aussi les camps de concentration. Nous n’avions pas  voulu  lire  Mein  Kampf,  non  plus  que  méditer  les  pensées  de  Lénine  et  voir  les  camps soviétiques, qui mèneraient l’un à Katyn et l’autre à Treblinka ou Sobibor.

« Le droit sans la force n’est rien, la force sans le droit c’est la tyrannie » disait à  peu près Pascal. Souvenonsnous-en.

Enfin, je voudrais insister sur le sens des mots. Discutant avec plusieurs  d’entre  vous  pendant  la  session  j’ai  une  nouvelle  fois  constaté  que  les  mots  n’avaient  souvent pas le même sens pour l’un et pour l’autre. Je pense à un échange récent  sur le mot République dont mon partenaire me disait que « Pour lui la république 

c’était… ».

Or, là est le danger : nous n’avons pas à dire que « Pour nous » un mot veut dire  telle  chose  ; nous devons au contraire nous référer  à  sa  définition  exacte  sinon  plus aucun échange n’est possible.

Reprenant l’exemple de la République, je lui disais que celle-ci se définit par trois  critères et seulement trois:

Un  gouvernement  1/  collégial,  2/  qui  obéit  à  des  lois,  et  3/  dont  le  mode  de  succession n’est pas dynastique. Un point c’est tout.

La  république romaine était-elle démocratique  ? Non, mais c’était  tout  de même  une république.

Donc, ne confondons pas les mots les uns avec les autres. Ainsi de la démocratie [3], qui peut parfaitement trouver sa place dans un système monarchique comme  en Grande-Bretagne et ainsi de suite.

À notre époque où le dialogue semble érigé à la hauteur de vertu et de principe  cardinal des relations sociales, travaillons donc à ce qu’il soit possible au travers  de mots employés dans leur juste sens. Nous aurons alors fait un grand pas vers  la clarté et de saines relations interpersonnelles.

J’insiste : cette question de la précision du vocabulaire est absolument essentielle  si l’on y réfléchit bien.

En conclusion :

A- Il  nous  faut  chasser  l’idéologie,  quelle  qu’elle  soit  ;  de  «  droite  »  ou  de  «  gauche  ».  C’est  une  maladie  mortelle de  l’esprit  car  elle  fait  voir  la  réalité  au  travers de systèmes d’idées, qui sont autant de lunettes déformantes.

A l’idéologie il faut opposer le principe de réalité qui veut que les choses soient ce  quelles sont, que cela nous plaise ou non. Alors on peut agir en espérant ne pas  trop  se  tromper.  Il  n’y  a  pas  de  bons  camps  de  concentration  (cubains,  nord- coréens,  chinois) dont  on  ne  parle  jamais,  et  de  mauvais,  les  nazis,  dont  il  faut  sans  cesse  se  souvenir.  Il  y  a  eu  et  il  y  a  des  camps  de concentration    des innocents sont morts et meurent encore dans des conditions atroces.

B- Il n’y a pas l’antisémitisme, évidemment condamnable, des « néonazis », et sa  variété  excusable,  celle  des  «  islamistes  »,  qui  est  passée  sous  silence.  Il  y  a  l’antisémitisme (qui d’ailleurs est un antijudaïsme), un point c’est tout.

C- Au nom de quoi devrait-on condamner « l’islamophobie » si l’on ne le fait pas  de la « papo-phobie » ou de la « christianophobie » ?

A-t-on vu un chrétien Chaldéen ou un Melchite se faire sauter dans une mosquée  d’Irak ? Un seul ? Dès lors, comment mettre sur le même pied « les » intégrismes 

?Il existe quand même une différence de nature entre un zélateur d’Al Qaeda et  un Mormon, je crois.

Distinguer  souverainement  le  bien  du  mal,  ne  pas  mettre  à  égalité  le  bon  et  le  mauvais s’appelle aussi : Liberté.

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-Il nous faut être convaincus que la France est et reste une grande puissance. Du  moins si elle continue de le décider.

Aujourd’hui,  combien  de  pays  ont-ils  une  représentation  diplomatique  dans  le  monde comparable à la nôtre ? Un seul.

Combien  de  pays  disposent-ils  de  sous-marins  lanceurs  d’engins  totalement  conçus,  fabriqués,  maîtrisés  par  leur gouvernement  national  dans  le  monde  ?  Trois, et pas la Grande-Bretagne.

Combien de pays disposent-ils de porte-avions de premier rang à catapulte avec  une flotte aérienne adaptée, moderne et entrainée ? Deux. La France est au premier rang de toutes les grandes négociations mondiales, elle  dispose d’un siège  de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ses  avions  volent  dans  tous  les  cieux  de  la  planète.  Elle  est  au  premier rang  de  la  technique, de l’art, de la littérature.

Elle  est  au  premier  rang  des  pays  possédant  un  patrimoine  multi-séculaire,  admirable et entretenu.

Elle est au premier rang de certains travaux de recherche, elle inonde une partie  du monde de son rayonnement culturel, artistique, commercial, d’influence, et ce  depuis neuf siècles sans discontinuer !

Quand la  France  parle,  on  l’écoute,  parfois  on  la  jalouse  et  on  la  brocarde  de  temps en temps, mais on l’écoute et son message est souvent reçu. C’est un fait.

Cependant…  restons  modestes  et  cessons  de  donner  des  leçons  au  monde  entier, car, comme d’autres, nous n’avons pas que des qualités. Le blanc de notre  drapeau  n’est  hélas  pas immaculé.  Nous  avons  aussi  de  graves défauts  :  nous  sommes souvent arrogants, légers, hâbleurs, désunis, insupportables.

Nous  voulons  répandre  les  Droits  de  l’Homme  sur  le  monde, mais  nous  avons  inventé  le  génocide  sous  le  terme  de  populicide,  puis  l’avons  mis  en oeuvre en  Vendée en 1793. Nous sommes (avec raison) pour la tolérance religieuse, mais…  des  Dragonnades  de  Louis  XIV[4]  aux  «  baptêmes  républicains  »  de  Carrier  à  Nantes  ou  aux  lois  d’Emile  Combes  en  1905[5],  nous  savons  aussi  persécuter  nos concitoyens pour leurs convictions religieuses…

Cependant  et  tout  bien  considéré,  soyons  fiers  de  ce  que  nous  sommes,  mais  avec mesure.

Soyons  fiers  de  notre  héritage  multiséculaire,  en  ayant  conscience  de  ce  que  nous  sommes  les  «  débiteurs insolvables  »  des  richesses  léguées  par  nos  ancêtres.

Nous ne pourrons jamais rembourser cette dette, qui nous oblige.

Mais soyons aussi convaincus que cet héritage est fragile et  peut s’effondrer en  quelques années, voire quelques mois si des événements dramatiques venaient à  se  produire  et  auxquels  nous  n’aurions  pas  fait  face  à  cause  de notre  impréparation, de notre inconscience, ou par inconsistance ou imprévoyance.

Voyez comme s’est écroulé l’Ancien régime en quelque semaines[6], ou encore le  tsarisme,  le communisme, la Vienne impériale, sans parler des  empires  romain,  moghol, khmer ou aztèque…

Ce  formidable  patrimoine,  notre  patrimoine  (matériel  et  immatériel)  est  fragile  et  se trouve entre nos mains.

Alors restons vigilants et combattons les idées dangereuses pour l’avenir, tout en  travaillant  d’arrache-pied à l’unité  de  notre  Nation,  qui  en  a  de  jour  en  jour  plus  besoin.

Nous  savons  de  mémoire  séculaire,  depuis  Bouvines  pour  le  moins,  que  la  France unie est victorieuse des défis.

Désunie elle se dissout et, qui sait, pourrait disparaître. Cela ne se doit pas.

[1] Grand comme un département de chez nous : 10 000 km2 et un million d’habitants…

[2] Dix estropiés au départ d’un cent mètres olympique ne feront pas un champion !

[3]  Dont  la  caractéristique  essentielle  est  que  le  siège  de  la  souveraineté  se  tient  «  dans  la 

personne du peuple », qui délègue ou non son autorité à des mandataires (démocratie directe 

ou indirecte).

[4] Contre les Protestants

[5] Contre les Catholiques

[6] Il a succombé à des crises multiples et simultanées : économique avec des dettes abyssales  et  une  fiscalité  inopérante  et  injuste,  une  défiance  du  peuple  dans  ses  élites  qui  ne  le représentaient plus, l’incapacité du système à se réformer et un pouvoir impuissant qui refusait  de voir la réalité. Comparons avec aujourd’hui…